Suite aux élections municipales, les sondeurs se sont-ils réellement trompés ? Ce qu’il faut retenir des sondages…

Depuis dimanche soir, de nombreux commentateurs, journalistes, analystes, experts … pointent du doigt la qualité de certains sondages parus dans la presse et crient à la manipulation de l’opinion. Depuis le 21 Avril 2002, les sondeurs sont régulièrement mis à l’index pour des estimations (prévisions), qu’ils communiquent en amont des élections, plus ou moins différentes de ce qui au final est observée le jour des élections.

La première remarque est qu’un sondage n’est pas une élection… C’est une photographie de l’opinion à un instant T sur un territoire donné. Certaines études ont montré que depuis les années 70 près d’un électeur sur 2 était volatil (cf Patrick Lehingue), sans parler de l’abstention, de la mobilisation de groupes plutôt que d’autres, ou encore la fierté ou non de dire pour qui on vote (le vote “droite” est généralement plus masqué que le vote “gauche” – notion de “disibilité” dans le jargon des sondeurs, bien que de moins en moins vraie)… Les sondages ne sont donc pas une “science” exacte et des surprises peuvent toujours apparaître.

Concernant les décalages observés par exemple à Marseille, Paris, Toulouse, et dans de nombreuses autres villes de province, 2 remarques sont donc à noter : ne pas être naïf vis à vis d’un sondage et savoir le lire, et qui est associé à ces erreurs (car la seule responsabilité n’est pas à mettre sur le dos de ces mêmes instituts de sondages).

Par rapport à la “naïveté” de certains croyant comme parole d’évangile les prédictions des sondages, il est important de rappeler dans notre cas qu’une statistique est un estimateur, d’où découlent des marges d’erreur. Celles-ci peuvent changer de tout au tout l’ordre des prétendants et donc le “tiercé” ou “quinté” gagnant. Dans le cadre de sondages aléatoires d’environ 1000 personnes, pour une population infinie, nous avons une marge d’erreur maximale de + ou – 3 %. Ici réside la responsabilité de certains instituts de ne pas suffisamment communiquer sur ces marges d’erreurs, qui sont théoriques par simplification méthodologique. En effet, partir du postulat que ces intervalles soient similaires que l’on soit dans le cadre d’un sondage purement aléatoire, qu’un sondage avec la mise en place de quotas est un raccourci (différences des méthodes probabilistes et déterministes). En effet, la notion d’aléatoire n’existe pas dans le cadre de sondages par quotas, car on sélectionne des individus en fonction de critères. Il existe différents biais dans la collecte des données qu’il est difficile d’estimer des marges d’erreurs et qui peut amèner donc parfois certaines surprises … (voir aussi le taux de confiance d’un sondage)

Ces sondages sont ils donc fiables ?

Sans forcément rentrer dans un détail plus fin, vous l’aurez bien compris par ces quelques lignes, ils ne le sont pas exactement, mais ils ont l’intérêt de dégager des tendances fortes soit au regard d’élections passées, soit dans le cadre d’études barométriques régulières. Et c’est donc là qu’il ne faut pas être naïf et donc jeter la pierre sur les instituts. Car à l’exception peut être de Paris sur l’ordre d’arrivée au soir du 1er tour, dans les autres villes, des tendances se sont vérifiées : une UMP / UDI / Modem largement en tête, un PS en perte de vitesse, un FN en hausse.

Que faire pour avoir plus de précisions dans les sondages ?

Comme tout service, tout a un coût : plus on interroge de personnes, plus la précision d’un sondage sera bonne. Plus on interroge de personnes, plus cela revient bien évidemment cher.

Et cela nous amène à notre second point : qui est associé à ces échecs répétés ? Une remise en cause de certains instituts de sondages, qui proposent des solutions “légères” en ne mettant pas suffisamment de moyens pour expliquer les marges d’erreurs inhérentes à tel échantillon, ou en ne prenant pas en compte les spécificités d’élections de très grandes villes comme à Paris, est nécessaire : exemple de sondages régulièrement renouvelés auprès de 1000 parisiens dits représentatifs, ce qui correspond à environ 50 personnes interrogées par arrondissement… alors que l’élection parisienne se joue par arrondissement. Bien évidemment, dans ce cadre l’ensemble des commentateurs et observateurs relayant des études bancales comme celle-ci n’est pas très sérieux.

Ce qu’il faut finalement retenir …

  • Il existe d’un côté une réelle difficulté technique et logistique à la mise en place d’un sondage purement aléatoire, permettant de disposer de marges d’erreurs qui soient réelles. Plus le nombre de personnes est interrogé, plus le sondage sera cependant moins sensible à ces biais et donc donnera des marges d’erreurs plus fiables (taux de confiance d’un estimateur).
  • Jeter un chiffre en pâture issu d’un sondage réalisé à l’aide de quotas sans préciser les marges d’erreur, qui sont elles-mêmes difficiles à estimer, n’est pas très responsable sans un minimum de précautions…
  • Chaque personne peut saisir la commission nationale des sondages (http://www.commission-des-sondages.fr/) pour lire la notice d’une étude (notamment la proportion des personnes n’ayant pas répondu à chacune des questions et les limites d’interprétation des résultats publiés…) …
  • Attention à la prise en compte de spécificités d’élection (par exemple Municipale à Paris et Marseille, Régionales 2015 avec une prime majoritaire…) pour bien lire et interpréter des résultats de sondages.


Auteur : Thibault Bordeaux
Fondateur et CEO de la société People Vox depuis février 2011. 12 années d’expérience dans le domaine des études auprès d'entreprises et d'institutions publiques. Spécialiste des questions tournant autour de la méthodologie statistique, de la théorie des sondages et de l’analyse statistique de données, il a développé dans le temps une large d'expertise autour de l'analyse de l'opinion (voix des collaborateurs dans les entreprises, voix des clients...), et gère actuellement le développement de People Vox.